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Camp Vietminh N°1 en 1954

L’enfer est sur terre !

Officiers Perdus Tome 2 « Rebond en Patagonie »

Chapitre XI Marche pour le camp N°1





Le calvaire des officiers français après Dien Bien Phu, d’abord la marche, puis le Camp N°1 est racontée par Monseigneur Guyot à un jeune prêtre basque espagnol Imanol Oyarçabal lors d’un diner au Trastevere à Rome :

Monseigneur, au milieu de toutes ces épreuves terribles que vous avez vécues, n’avez-vous jamais douté de l’existence même de Dieu ?

— Non Imanol, jamais, bien qu’une fois on m’ait demandé ou plutôt donné l’ordre de le renier !

— Mais qui a pu bien faire ça ?

— Si tu y tiens je vais te raconter !


C’est le second flashback (retour en arrière) après l’histoire du débarquement à Ste Mère l’Église publiée ici récemment. Le cardinal Guyot alors simple aumônier a vécu ce calvaire du Camp N°1 avec le lieutenant-colonel Mendiburu et les capitaines de Roche Croix et Etchegaray. Que les lecteurs me pardonnent car il aurait eu toute sa place dans le Tome 1 d’Officiers Perdus « La chute de l’Empire » entre Dien Bien Phu et l’Algérie.


Le Camp n°1 That Khé se trouvait dans le Haut Tonkin, au cœur de la vallée de la rivière Song à plus de 700 kms de Dien Bien Phu. Il était réservé aux officiers et certains sous-officiers supérieurs. Les officiers supérieurs, une dizaine, eurent droit à des camions mais tous les autres durent faire plus de 700 kms à pied et ce, après la terrible bataille de Dien Bien Phu. C’est l’acte I du drame !


Il faut savoir que sur les 10 000 prisonniers de Dien Bien Phu, 7.708 trouvèrent la mort dans la cinquantaine de camps disséminés partout dans le Haut-Tonkin. Donc 77% de casse dans des camps de prisonniers, il n’y a de comparable que les camps nazis !



À ce propos, Hélie Denoix de Saint Marc, un de nos plus brillants officiers, légionnaire et parachutiste, qui avait connu la déportation au sinistre camp de Buchenwald confiera que les Vietminh faisaient passer les SS pour des amateurs et leurs camps auraient fait regretter Buchenwald !


Acte 1 La Marche



Déjà 700 kms en un mois soit plus de 20 kms par jour, ne serait pas chose facile mais dans un tel contexte et dans un tel environnement, c’était simplement ahurissant ! Ceux qui marchaient pieds nus étaient condamnés De nombreux prisonniers ont été laissés sur la piste. La dysenterie, les pieds gangrénés, toutes les maladies possibles, dues également à la malnutrition (1 boulette de riz par jour). On les abandonnait sur les bas-côtés ou dans des villages. Et ils y mouraient. Très rapidement la moindre chute, due à une foulure par exemple, signifiait la mort !

La marche vers les caps a tué environ un tiers des prisonniers,33% dès le premier mois !



Acte 2 Le séjour au camp N°1





Au camp N°1 les prisonniers ont perdu jusqu’à 40Kgs et 10 Cms !



Il faut savoir que ce camp, comme la plupart des autres d’ailleurs, n’était pas entouré de murs ou de fils de fer barbelés, ni surveillé par des sentinelles et des miradors. En fait, une évasion était quasiment impossible : jungle épaisse, relief accidenté, faiblesse physique extrême des prisonniers, vigilance de la population, éloignement des premiers postes français (plus de 700kms).

Les lavages de cerveau étaient quotidiens, sournois, lancinants, à tout propos. Les corps et les esprits affaiblis offrent moins de résistance. Les perfides méthodes vietminh qui dosaient savamment les tortures morales, les espoirs, les déceptions, les brimades en tous genres brisaient les plus forts qui capitulaient parfois, résignés. C’était alors le désespoir. Les bien-portants devenant malades, les malades grabataires et les grabataires mourant. Un engrenage.

Béribéri ; dysenterie ; les prisonniers se vidaient, parfois en une seule fois. Pas d’hygiène ; pas de médicaments.


Témoignage du Général Marcel Bigeard, l’un de nos plus grands soldats, ici en photo au camp N°1 à gauche avec le béret



« Il y avait la rééducation ; mais cela ne prenait pas sur des types qui avaient 35, 40 ans. Il y avait des sujets donnés par le Vietminh et il fallait faire des groupes de discussions : on ne travaillait pas naturellement. Une fois, à la question « Que pensez-vous de l’aide américaine à votre pays ?», nous avons répondu : « Et vous que pensez-vous de l’aide chinoise à votre pays ? » Et ça y allait : privés de riz pendant deux jours ! »

Pour résumer les activité au Camp N°1 elles étaient de deux ordres

  1. Souffrances morales

  2. Souffrances physiques


  1. Souffrances morales


Outre les lavages de cerveau permanents il y avait les cours de marxisme et les séances d’auto critique véritables séances destinées à vérifier que le prisonnier avait compris ses erreurs passées (se battre pour la mère patrie) et était devenu un bon communiste ! La seule façon de s’en sortir était l’humour et certains prisonniers rivalisaient dans cet art !


2. Souffrances physiques


Souvent la première d’entre elles était lac privation de nourriture et sur ces corps très amaigris, cela suffisait. Mais parfois certains prisonniers se rebellaient et ils étaient emmenés dans des salles spéciales et on ne les revoyait jamais ! Après la guerre du Vietnam on a pu savoir combien les Viets ont pu être créatif dans ce domaine !


Des conseillers français auprès du Vietminh !



Georges Boudarel bourreau du camp 113


Dans le Camp N°1, il y avait deux conseillers français envoyés par le PC Français : André et Rolland. Il fallait comprendre la psychologie des soldats français. Ces conseillers étaient très utiles pour le Vietminh. Ils leur disaient qu’il fallait la paix. Le peuple vietnamien avait le droit à la liberté, avait le droit de se défendre contre les ennemis de cette liberté. Alors qu’ils étaient vus souvent comme une peuplade de barbares, ils leur expliquaient qu’ils avaient une civilisation déjà quand l’Europe en était encore à l’époque du bronze. Ils parlaient aux prisonniers de leur mœurs, de leurs coutumes, de leurs légendes. Ils étaient des hommes comme nous. Puis ensuite, ils nous parlaient de marxisme sans en prononcer le nom ; c’étaient les leçons de Ho-chi-Minh. Par exemple, il ne fallait pas écouter la France, « Mère-patrie » qui exploitait les soldats, et ne pas se laisser faire.

Difficile de quantifier le supplément de souffrance pour nos prisonniers d’avoir été torturés, car c’est bien de cela qu’on parle, par des français, des traitres communistes qui plaçaient leur idéologie bien au-dessus de leur patrie, maïs ce supplément de souffrance a bel et bien existé et les traitres non jamais été punis !



Sur les 40 000 français qui furent un jour prisonniers du Vietminh, seuls 9340 revinrent, sur les 10 000 prisonniers de Dien Bien Phu seulement 2292 rentrèrent. Dans les deux cas plus de 77% de mortalité, près de la moitié due à la seule marche vers les camps. Tous ces français de métropole ou de nos anciennes colonies sont morts en luttant contre le communisme. Officiers Perdus tient, ici, à leur rendre hommage !


Officiers Perdus T2 Rebond en Patagonie Chapitre XI Marche pour Camp N°1



D’abord il y avait eu la marche. Et quelle marche ! Ils ne savaient pas où ils devaient se rendre, ni à quelle distance cela se trouvait, ils marchaient vers le Nord, c’était tout ce qu’ils savaient.

En premier lieu à Dien Bien Phu, juste après la défaite et la reddition, il y avait été sélectionné selon les grades, un bloc d’officiers, un bloc de sous-officiers, et un bloc de soldats, ces communistes manquaient d’imagination. À sa surprise, le prêtre Paul Guyot avait été placé dans le bloc des officiers, il ne savait pas pourquoi, mais cela ne lui déplaisait pas.

Et ils marchaient, ils marchaient. Au départ, ils étaient tous en bonne condition physique, et tout allait bien, mais à raison d’une boulette de riz par jour, ils avaient tous maigri et la forme avait disparu et les gros problèmes avaient commencé.t2

On ne comptait plus les camarades qui s’affaissaient sur la piste, simplement épuisés. Les gardes se jetaient sur eux et les faisaient se relever tout en les injuriant et en leur donnant des coups de crosse, cela avait marché au début, mais très vite les camarades qui tombaient ne se relevaient simplement plus, attendant la mort comme ultime soulagement.

Ils avaient marché des jours, ils ne savaient pas combien, ils avaient marché des kilomètres, ils ne savaient pas combien non plus !

Il y avait des rumeurs, ils allaient peut-être à la vallée de la Rivière Song au Nord du Tonkin, des anciens de Cao Bang en avaient parlé, cela devait être à plusieurs centaines de kilomètres mais combien exactement personne ne savait, et quand on y arriverait, encore moins.

Ils marchaient donc sans but ou plutôt un seul but : survivre ! Comment avaient-ils pu en arriver là ? Jean-Baptiste Mendiburu, Jean de Roche Croix et Paul Guyot marchaient toujours ensemble en compagnons d’infortune. Jean-Baptiste, lui, avait un but au bout de cette marche revoir Peyo Etchegaray leur camarade qu’ils avaient cru mort sur Marianne I. Pourtant rien n’était moins sûr mais Jean-Baptiste y croyait dur comme fer ! Un colonel Vietminh, le colonel Chang lui avait assuré que Peyo était vivant, c’était donc écrit au bout de la marche, ils allaient revoir Peyo. Jean et Paul avaient bien tenté de lui dire qu’il ne fallait surtout pas croire un communiste rien n’y faisait Jean-Baptiste y croyait dur comme fer, ils allaient revoir Peyo ! L’espoir fait vivre ! Celui de revoir Peyo faisait vivre Jean-Baptiste, et c’était contagieux, Paul et Jean marchaient aussi dans l’espoir de revoir Peyo.

Tous les jours des camarades tombaient et ne se relevaient pas. À bout de forces, considérablement amaigris, sans but et sans espoir, ils tombaient et ne pouvaient pas se relever. Et ils étaient épuisés par la dysenterie et les infections, la gangrène et le béribéri, entre autres. Le moindre bobo, surtout aux pieds bien sûr, pouvait devenir fatal dans cet univers insalubre. Et puis, il y avait la pluie et aussi la boue.

Combien étaient tombés ? Nul ne le savait. Paul avait essayé de compter puis vite, il y avait renoncé. Même dans une journée c’était difficile car on voyait ceux qui étaient devant, (d’ailleurs les voyait-on tous ?) mais pas ceux de derrière. Quand un tombait, on les faisait accélérer, pas question de s’apitoyer, encore moins de prier.

Ils marchaient, marchaient et leurs camarades tombaient, tombaient.

Combien ? Ils ne savaient pas mais beaucoup, cela ne faisait aucun doute. Il leur fallait survivre.



Officiers Perdus T2 Rebond en Patagonie Chapitre XI Marche pour Camp N°1




Les jours s’écoulaient donc entre enseignement marxiste et séances d’auto-critique mais ils n’étaient toujours pas mieux nourris. Ceux qui ne faisaient pas l’autocritique, de façon suffisamment convaincante subissaient des privations de nourriture, des bien portants devenaient malades, des malades devenaient mourants. Les rebelles, car il y en avait, étaient soumis à la torture psychologique puis physique ; on ne les revoyait plus.

Dans ce contexte, il avait été décidé, d’un commun accord entre les quatre de considérer l’auto-critique comme un jeu, seul moyen de s’y donner à fond et de satisfaire ou plutôt tromper la vigilance de leurs geôliers. Les deux basques y excellaient tout particulièrement.

Le peuple Basque est au moins aussi opprimé que le peuple Vietnamien et pas par une puissance impérialiste mais deux : La France et l’Espagne ! Merci au peuple Vietnamien de leur avoir ouvert les yeux, dès leur retour il leur faudrait se rebeller contre l’impérialisme capitaliste franco-espagnol ! Deux guerres de libération étaient nécessaires, une au Nord et une au Sud !

Ce discours leur valait toujours un grand succès et semblait ravir les geôliers.

Un beau soir, le prêtre Paul Guyot fut convoqué par André Aufourneau, Double A dans son bureau.



— Comment allez-vous Paul ?

Instinctivement Paul fut tout de suite sur ses gardes comment un bourreau pouvait-il s’inquiéter de la santé d’un condamné ?

— Aussi bien que possible !

— Dîtes-moi ce camp est réservé aux officiers, êtes-vous officier Paul ?

— Non je suis aumônier mais souvent on nous considère comme officier, de même pour l’accès au mess par exemple.

— Aumônier catholique n’est-ce pas ?

— Oui, parfaitement, catholique romain oui.

— Pour quelqu’un qui n’est pas officier cela doit être plus facile de critiquer la France, non ?

— Je ne sais pas mais cela n’a pas été facile, sans vos cours de pensée marxiste je n’y serai pas arrivé.

— Mais quand même : à genoux les hommes ! Debout les officiers ! Vous ne connaissez pas ?

— Si je connais, j’ai assisté à des cérémonies de remise de galons.

— Vous a-t-on fait promettre de tout faire pour secourir la France y compris jusqu’au sacrifice de votre vie ?

— Non, ça on ne me l’a jamais demandé.

— C’est bien pour cela que pour vous, renier la France doit être beaucoup plus facile que pour un des officiers qui sont ici !

— C’est possible qu’avez-vous en tête ?

— Vous sentez-vous marxiste maintenant Paul ?

Le piège, Paul savait qu’il était obligé de répondre oui, sinon c’étaient privations et torture.

— Oui maintenant oui, vous m’avez convaincu !

— Les marxistes ne croient pas en Dieu, Paul et vous ?

— Pas moi plus que les autres marxistes.

— Donc demain, dans votre autocritique de l’après-midi vous l’axerez sur le reniement de Dieu et du Christ et non plus de la France, cela ne vous pose pas de problème, Paul ?



Officiers Perdus T2 Chapitre XI Marche pour Camp N° 1





Les prisonniers avaient à peu près tous repris la prière, Double A ne souriait plus du tout, et il était en train de perdre la face devant les Vietnamiens, il jeta quelques ordres secs.

Jean dit aux deux autres :

— Paul a choisi le martyre il est en train de commencer la messe !

— Venez avec moi et enlevez vos chemises il est plus dur de tirer sur un homme nu !

Ils suivirent Jean-Baptiste et vinrent se mettre devant Paul, le prêtre, lui offrant la dérisoire protection de leurs poitrines nues, et face à eux, un peloton se rassemblait l’arme aux pieds.

— Seigneur Prends Pitié ! Oh Christ prends Pitié !

— Peloton en joue !

Les soldats braquaient leurs fusils sur eux, tous les officiers prisonniers les avaient rejoints torse nu et faisaient maintenant face au peloton, certains même par manque de place étaient à bout touchant des carabines. Un grand gaillard qui avait dû être balèze prit la parole :

— Double A tu m’entends ? Capitaine Robert Weitberger de la Légion, je suis un rescapé de Buchenwald le camp nazi dont tu t’inspires tant. Ce que tu t’apprêtes à faire, tirer sur des hommes désarmés totalement sans défense, même les SS ne l’ont jamais fait. On sait bien maintenant que tu es une crapule qui ne vaut pas mieux qu’eux mais que cherches-tu ? À battre un record ? Tire donc et tue nous tous, et tu l’auras ton record !


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