Conte Indien

 

Au début du 20-éme siècle dans un des états du Nord de l’Inde, vivait un Maharadjah qui avait un conseiller, un Fakir.

A cette époque de nombreux maux pouvait atteindre son royaume le plus souvent causés par des intempéries, sévères inondations ou torrides sécheresses, orages de grêle mais pas seulement car il fallait ajouter les guerres, officielles et non officielles comme les terribles razzias menées par de cupides voisins. Chacun des ces évènements avait pour conséquence de détruire totalement les récoltes et de ruiner la population.

A chaque fois cela avait le don de plonger le Maharadjah dans la déprime quand le Fakir, lui restait d’un inexorable optimisme.

Une inondation :

  • Ce n’est rien, Sire, c’est pour le meilleur !

  • Que veux-tu dire, Fakir ?

       —  Grace à cette inondation, les sols bien irrigués rendront dans le futur des meilleurs rendements !

Une sécheresse :

  • Ce n’est rien, Sire, c’est pour le meilleur !

Une razzia :

  • Ce n’est rien, Sire, c’est pour le meilleur !

Le Fakir avait toujours un raisonnement imparable après la pluie vient le beau temps, après la guerre vient la Paix. Certes ! Mais cela agaçait le Maharadjah de plus en plus.

Un jour dans une course hippique, Anjali la jument préférée du Maharadjah ne termina que seconde !

  • Ce n’est rien, Sire, c’est pour le meilleur !

Excédé, le Maharadjah décida de mettre le Fakir au plus profond de ses cachots, puis le cœur léger de la satisfaction d’avoir enfin ce qu’il aurait dû faire depuis longtemps, il décida d’aller à la chasse au tigre !

En pleine jungle, pourtant perché en haut de son éléphant royal, alors qu’il se sentait invulnérable, une flèche traitresse venue du sol, lui perça la cheville droite. Alors que son médecin lui recommandait par prudence de rentrer et d’arrêter la chasse, le Maharadjah réfléchissait : déjà nul besoin de ma cheville pour la chasse au tigre, perché sur mon éléphant ! Et puis qu’aurais dit Fakir ?

  • Ce n’est rien, Sire, c’est pour le meilleur !

Donc il décida de continuer la chasse malgré le premier mauvais augure. Patatras, il en vint un deuxième, une nuée de guerriers à moitié nus mirent en déroute sa garde les encerclant et le Maharadjah du descendre de son éléphant et fut trainé de force devant le chef de la tribu qu’il avait reconnue pour être disciple de Yama, Dieu de la mort, et tribu anthropophage !  

C’est donc tout tremblant que le Maharadjah fut présenté à son homologue qui, lui, avait fière allure !

Le cuistot du chef arrivait avec des couteaux à sa ceinture, et des épices plein les poches. Il examina notre Maharajah et dédaigneux dit à son chef en lui montrant la plaie à la cheville : 

  • Ne mange pas ça, chef, c’est abimé peut être de la viande avariée !

Ne présentant plus aucun intérêt notre maharadjah put regagner son palais où il s ‘empressa d’aller voir son Fakir dans sa geôle !

  • Tu vois Fakir pour moi, tu avais raison, la blessure a été pour le meilleur car elle m’a sauvé la vie, mais pour toi, cela ne change rien tu es toujours au fond du trou !

  • Mais non, Sire, parce que d’avoir été mis au fond de ce cachot m’a sauvé la vie car sinon j’aurais été à côté de toi et, intact, c’est moi qu’ils auraient mangé ! Tu vois, le cachot, pour moi, c’était pour le meilleur !

Un peu agacé, quand même, le Maharajah décida de libérer Fakir, si le cachot était le meilleur il ne devait pas l’avoir !