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23/02/1941 Oumar, tchadien 17 ans, entend l’appel de la France. L’Armée d’Afrique !

28 oct.
6 min de lecture
Soldats de l’Armée d’Afrique et véhicules militaires pendant la Seconde Guerre mondiale

Contexte

22 juin 1940 la France est à terre capitulant devant l’Allemagne nazie.

Mais l’Empire, lui, est toujours là et il sera son salut ! Le cœur de  l’Empire s’est déplacé à Alger  où il dispose même d’une armée ; L’Armée d’Afrique !  

Parallèlement un nouveau pouvoir cherche à s’installer à Londres, celui de la France Libre du Général De Gaulle, qui cherche à s’imposer au pouvoir de Vichy !

Dès1941, il nomme Philippe Leclercc de Hauteclocque, Commandant supérieur des forces françaises en Afrique française libre qui dirigera les opérations contre les forces italiennes en Libye. De fait, il y aura deux armées d’Afrique françaises !

Le rôle de  l’Armée d’Afrique dans la WW2 !

Tirailleurs, zouaves, goumiers et spahis de l’Armée d’Afrique

Il est très largement méconnu !


Définition de l’Armée d’Afrique :

Celle-ci désigne principalement l’ensemble des forces militaires françaises stationnées en Afrique du Nord pendant la période coloniale 1830-1962, notamment en Algérie, au Maroc et en Tunisie, mais dont les soldats  ne sont pas seulement maghrébins car venant aussi de l’Afrique sub-saharienne.

Elle a joué un rôle majeur dans l’histoire militaire française, particulièrement aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et à la guerre d’Algérie.

Ses soldats sont pour l’infanterie, les tirailleurs et les superbes zouaves, les goumiers spécialistes de la montagne et pour la cavalerie, les magnifiques spahis et les chasseurs d’Afrique. Sans oublier la Légion Etrangère présente à Sidi Bel Abbès en Algérie !




D’un peu plus de 100 000 hommes elle atteindra plus de 500 000 soldats maghrébins, africains et blancs d’Afrique en 1942  qui verseront leur sang pour la France  et qu’il ne faut pas oublier ! Car sans eux, nous serions toujours allemands !

C’est pour cette raison que la première nouvelle  de Retrouvés s’appelle Oumar, un tchadien de dix-sept ans qui rejoint l’armée d ‘Afrique de Leclerc dès Koufra et jusqu’à Berchtesgaden. 


L’Armée d’Afrique  en 1942  est commandée par le Général Giraud, que les alliés préféraient à De Gaulle car d’un caractère plus facile ; il partagera ses troupes :

  • Pour la libération de l’Italie, le corps expéditionnaire français, plus de 110 000 hommes, commandé par le général Alphonse Juin, participe aux combats dès la Sicile, se couvrira de gloire à Monte Cassino, grâce à une action spectaculaire des goumiers marocains qui franchirent le mont Arunci.

  • L’armée B, deviendra 1ère armée, 250 000 hommes, commandée par le général Jean de Lattre de Tassigny et composée en grande partie de troupes venues d’Afrique du Nord, participe  au débarquement de Provence du 15 août 1944 puis à la libération de Toulon, Marseille et Lyon !

  • La 2ème DB qui partie du Tchad avec 300 soldats sera constituée au Maroc comme une division américaine de cavalerie 16 000 hommes et 500 véhicules est la plus petite des trois, mas c’est de loin la plus célèbre, à cause du débarquement en Normandie et surtout de la libération de Paris et celle de Strasbourg.

Portraits des généraux Juin, de Lattre de Tassigny et Leclerc de Hauteclocque

« Je voudrais dire à tous les enfants de France que tous vos pères et  grands-pères et même mères et grand-mères se sont battus, ont versé leur sang pour que vous viviez ! La France est belle et mérite que l’on se batte pour elle ! A tous, je voudrais dire que de tout temps à jamais, des français de toute race, couleur, ou religion et même  des étrangers, se sont battus pour elle et ensemble ! Ce n’était pas le vivre ensemble mais le mourir ensemble ! 

A la seconde guerre mondiale, l’armée d’Afrique a été là pour sauver la France ! Elle s’est battue de1941 à 1945 en Lybie, en Tunisie, en Italie, en France et pour finir en Allemagne. Il y avait des noirs, des blancs et des bronzés, des musulmans, des juifs et des chrétiens ! Mais chaque fois que le sang coulait il était rouge !

Quand je vois des français d’origines multiples renier la France et la haïr, je me dis que leurs grands-parents doivent se retourner dans leurs tombes ! »


Leclerc et carte de la campagne de Koufra en 1941

Oumar Abdraman Mahamat, un beau jeune homme de dix-sept ans, au sourire aussi éclatant que perpétuel, avait eu la surprise un mois avant le jour de son anniversaire, le 12 décembre dernier :

La France t’appelle Oumar ! Comme elle m’a appelé moi, en 1914, elle lance un appel à tous les Français, de métropole et des colonies, en âge de porter un fusil, de prendre les armes  pour sauver la patrie ! C’est ton tour Oumar, comme cela a été le mien il y a vingt-sept ans…

Le 26 janvier, on les fit partir pour Koufra environ mille kilomètres au nord-est en Lybie alors que tous pensaient qu’on allait au Maroc ou en Algérie donc au nord-ouest ! Mais bon au moins cette fois, on allait y aller en camion et pas en chameau, on gagnerait du temps ! Oumar se demandait quand même en quoi ils allaient défendre la France en Libye qui n’avait jamais été française mais il n’osait rien dire !

Il venait d’apprendre que l’ennemi serait l’Italien ! Allons bon, son père ne lui avait parlé que de l’Allemand. Les Allemands, il les avait combattus durant la grande guerre, et là, selon lui, ils avaient un véritable fou à leur tête ; pire que le Kaiser, selon Issa, qui de toutes façons vénérait les Français, qui avaient construit les écoles, les hôpitaux et les routes. Les Allemands, il ne les aimait pas beaucoup et les avait combattus pendant quatre ans. Il lui avait dit un jour :

— Les Allemands sont un peu comme les Français, la classe en moins !...

Leclerc a exposé son plan : les forcer à se retrancher  dans leur fort d’El Tag puis les assiéger avec ruse, on est que trois cents on leur fera croire qu’on est entre cinq cents et mille : on n’a qu’un seul canon, ils en percevront six !

Les sentiments d‘Oumar envers ce colonel pète sec évoluent d’autant plus qu’il l’a vu avec eux détruire les avions italiens, pas du genre à rester planqué, et puis cette ruse qu’il ambitionne de mettre en place lui rappelle celle des sorciers africains de son pays. Leclerc est peut-être un sorcier blanc ? Il éprouve maintenant une certaine sympathie pour lui

…

Oumar sait que Leclerc est particulièrement fier de sa victoire de Ksar Ghilane en Tunisie où ils ont fait reculer l’Afrika Korps de Rommel ! Pour ce qui le concerne, il a noté que les soit-disants surhommes mouraient quand ils prenaient une balle comme tous les autres, les Africains, les Français, les Italiens ou encore les Libyens. Il est content d’avoir battu les Allemands comme son père, mais ils ne lui ont montré aucune raison d’avoir peur. Les Espagnols, quant à eux, comparent Leclerc se battant contre l’Afrika Korps à un héros à eux, Don Quichotte, qui se battait contre des moulins ! Oumar n’y comprend rien… Bizarre ces Espagnols !

…

A Strasbourg, Oumar a une désagréable surprise. Il passe devant le corps inanimé de son copain basque Peyo Etchegaray à côté de son char qui a pour nom Luxembourg. Un type du même char, un gars du nord, Bertrand Marbousset, lui raconte que Peyo a pris une balle en pleine tête, tirée par un sniper SS qu’ils ont tué par la suite.

Ce sont des Spahis marocains de la cavalerie d’Afrique qui ont l’honneur d’aller remplacer le drapeau nazi par le nôtre, en haut de la cathédrale de Strasbourg, respectant ainsi le serment de Koufra : « Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg. »

…

Oumar Abdraman Mahamat, à travers moi le général Leclerc, c’est la France qui te remercie. En vertu des pouvoirs qui me sont conférés je te nomme au grade d’adjudant-chef et te décore  de la croix de guerre avec palme !

Il sortit de sa poche une médaille où sous un ruban à deux bandes rouges encadrant quatre bandes jaunes séparées par trois liserés rouges au bout duquel pendait une croix à quatre branches à palmes et visage de Marianne au milieu qu’il agrafa sur la poitrine gauche d’Oumar, tellement fier !


Septembre 1981, quarante ans plus tard, Oumar, chef du village de Ouadi Koseley, s’adresse au jeune lieutenant Pampi Etchegaray :

 

—   Et nous Mon Lieutenant, mes villageois et moi, on se trouvera où dans votre dispositif ?

—   Vous vous placez à l’entrée de votre village dont vous serez les ultimes défenseurs !

—   Bon d’accord pour les villageois mais moi, vieil adjudant-chef du régiment de marche du Tchad, je vous demande l’honneur de combattre en première ligne à vos côtés !

Pampi ne savait pas trop quoi faire, mais devant les regards insistants des deux autres lieutenants répondit :

—   L’honneur sera pour moi, Chef, bienvenue chez les Paras !

 

Et si vous suiviez Oumar jusqu’au bout de son histoire ?

Le parcours d’Oumar vous a donné envie d’en découvrir davantage ? Retrouvez son destin dans Retrouvés, le recueil de Gilles Hustaix qui prolonge l’univers d’Officiers Perdus.


1 commentaire


Domi Labasque
il y a 7 jours

Vraiment passionnant et très bien écrit… Félicitations au brillant l’écrivain Gilles Hustaix

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