Peyo, mon père, genèse des Officiers Perdus, un destin hors normes !

Ceux qui ont lu tout ou partie d’Officiers Perdus connaissent bien Peyo Etchegaray qui avec Jean de Roche Croix, en est un des principaux héros, que l’on découvre dès les premières pages du T1 « La chute de l’Empire » voguant vers l’Indochine.
Le tome1 raconte son parcours en Indochine, sa blessure grave à Dien Bien Phu, où ses camarades l’ont cru mort, puis en Algérie, la guerre et le putsch d’Alger. On le retrouve dans le Tome 2 « Rebond en Patagonie » en prison à Fresnes mais aussi grâce à deux flash-backs dans le camp viet N1 et sautant sur Sainte Mère l’Eglise dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 avec la 101ème Airborne américaine.

Peyo Etchegaray est le nom d’emprunt de mon père Yan, qui a vécu toutes ces aventures dans trois conflits : WW2, Indochine et Algérie, puis la prison de Fresnes ! Un destin hors normes, que j’ai voulu raconter ! Il n’est pas le seul à avoir vécu les trois conflits mais ce n’est que peu fréquent.
Il n’a pourtant pas été facile d’avoir eu un père comme lui ! Croyez moi ! Après mon école d’ingénieur, l’ENSAE Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique. en 1979, se pose la question du Service Militaire. Je veux en profiter pour être officier de Cavalerie et si possible parachutiste par tradition familiale. À une époque où tous mes camarades ne cherchent qu’à se faire réformer, je vais refuser toutes les propositions mirifiques de mon école, en Coopération ou dans les Ambassades pour choisir dans l’incompréhension générale, sauf de mes parents, la voie de la PMS (Préparation Militaire Supérieure), la PMP (Préparation Militaire Parachutiste) puis l’Ecole d’Officiers de la Cavalerie de Saumur et le 13ème RDP (Régiment de Dragons Parachutistes). Les Dragons de l‘Impératrice depuis que l’Empereur les eut affectés à la garde de son épouse !

Un parcours beaucoup plus difficile que la Coopération ou les Ambassades mais ce parcours beaucoup plus dur à tous niveaux, physiquement et psychologiquement, je ne le regretterai jamais ! Quand mon grand-père me disait qu’on ne devenait un homme qu’après avoir fait l’armée, j’avais du mal à le croire ! Et j’ai fini par l’admettre trop tard pour lui dire, hélas, car il avait disparu entretemps !
De mon temps dans l’armée je n’ai que des bons souvenirs surtout humains d’Officiers, de Sous-Officiers, ou de soldats et c’est peut -être dans l’Armée où j’ai le plus appris notamment sur le management qu’ils appellent le commandement !

En 1982, peu de temps après mon retour dans le civil, sort un film de Pierre Schoendoerffer : « L’honneur d’un Capitaine », où Nicole Garcia s’emploie à laver l’honneur de son mari injustement sali par les media même après sa mort.
Ce jour-là, je me suis juré qu’un jour je laverai l’honneur de mon père incarcéré comme un criminel après le putsch d’Alger ! La Genèse d’Officiers Perdus se trouve donc là en 1982 il y a 40 ans suite au film « L’Honneur d’un Capitaine. » Et il ne s’agit pas seulement de l’honneur de mon père ! L’honneur de tous ses Frères d’Armes, l’honneur des Harkis, l’honneur des Pieds Noirs !
Il y en aura fallu du temps ! 39 ans !
Peyo dans Retrouvés
Le propre d’un roman historique est de faire rentrer une petite histoire, généralement de fiction, dans la grande histoire qui, elle, doit être scrupuleusement respectée !
Dans la seconde nouvelle « Peyo » tout est vrai ! La petite comme la grande ! Vous le retrouvez, en Normandie juste après Carentan et l’épisode célèbre de la petite fille sauvée par un Bagpiper, joueur de cornemuse, écossais.
Le colonel américain commandant le 502ème PIR, Parachute Infantry Régiment, venant d’apprendre que c’est la 2ème DB, corps d’origine de Peyo commandé par Leclerc, qui va avoir l’honneur de libérer Paris lui propose élégamment de le rejoindre pour lui donner une chance d’écrire l’histoire !
Vous vivrez donc la libération de Paris comme il l’a vécue, avec sa rencontre, dans cet extraordinaire moment de liesse, avec Elina Labourdette, très belle actrice, et son mari Louis Pauwels et plus tard, lors d’une fête impromptue chez eux, boulevard Exelmans, où il aura la chance de danser, avec Elina, un boogie woogie sur "In the mood" de Glen Miller, une histoire qu'il aimait beaucoup raconter, alors que de tous ses combats, il en parlait peu, comme tous les autres combattants, sauf à la fin de sa vie, lorsque je lui ai dit que je voulais tout écrire!

Lors de la même soirée il connut Jean Marais qui, très courageusement, quitta son milieu privilégié de vedette de cinéma, pour rejoindre la 2ème DB de Paris jusqu’à Berchtesgaden ! Tout ceci est exact ! L amitié entre Jean Marais et mon père durera jusqu’à la mort de Jean en 1998 ! 54 ans …

Jean Marais Elina Labourdette
Mais après Paris, la guerre était loin d’être finie, il y eut notamment la terrible bataille de chars de Dompaire puis la libération de Strasbourg, où, dix ans avant de manquer de mourir à Dien Bien Phu, il faillit mourir en Alsace, d’une balle dans la tête tirée par un sniper SS ! Il fut sauvé par un hôpital gonflable américain !

Les deux Français sont sous le choc ! La libération de Paris qui était, pour eux, la libération de la France, non seulement ils en rêvaient depuis cinq ans, mais plus encore, elle était le sens même de leur engagement, celui de risquer tout pour secourir la patrie ! Les deux ont les yeux dans le vague et restent immobiles.
John Fitzgerald se rend compte de leur émotion :
Peyo, te rappelles-tu de ce que je t’avais dit quand tu as rafalé la Kübelwagen allemande sur laquelle j’allais atterrir ?
Oui vous m’avez dit : « You saved my life, I owe you one ! »
Eh bien, à regret, je vous propose à tous les deux de nous quitter pour rejoindre votre corps d’origine, la 2ème DB qui pourrait écrire l’histoire en libérant Paris ! Qu’en pensez-vous ?
Les deux restent cois, tant la décision est difficile : quitter la prestigieuse 101ème Airborne avec laquelle ils sont arrivés ? Mais d’un autre côté, la 2ème DB est française et Paris est leur capitale ! Peyo s’adresse au colonel :
Mon colonel, si vous étiez à notre place, que feriez- vous ?
A regret, Peyo, je dois te dire que je foncerais vers Leclerc pour l’aider à libérer Paris !
….
Dans les rues, il règne une atmosphère de liesse pour ne pas dire de folie, tout le monde chante et danse en accueillant ses libérateurs. des filles en robes légères grimpent sur les chars pour embrasser les soldats leur laissant des traces de rouge à lèvres ! Des hommes leur amènent des bouteilles de vin, de bière, et même de champagne, trouvées Dieu sait où ! La fête va durer jusqu’au matin.
Une jeune femme tente de monter sur leur char « Luxembourg ». Elle a du mal avec ses talons hauts. Elle est différente des autres, peut-être un peu plus âgée, très distinguée, très chic. Elle est absolument ravissante.
Peyo descend du char à sa rencontre :
Bonjour, Madame, je suis Peyo Etchegaray, Maréchal des logis chef et chef de ce char « Luxembourg » !
Bonjour Maréchal, je suis Elina Labourdette !
Non il y a erreur, je ne suis pas Maréchal, du moins pas encore, Maréchal des logis dans la cavalerie est l’équivalent de sergent donc vous pouvez m’appeler sergent si vous voulez, ou bien Peyo !
Elina lui fait deux bises :
Bienvenue à Paris, Sergent Peyo ! Depuis le temps qu’on vous attend !
Elina Labourdette, est une actrice de théâtre et de cinéma, après avoir tenté de faire une carrière de danseuse et devant y renoncer pour raison de santé. Son dernier film « Le drame de Shanghaï » vient de connaître’avoir un certain succès. Elle correspond tout à fait au cliché de la Parisienne coquette. Blonde aux yeux bleus, ses cheveux bouclés lui tombent sur les épaules, elle a un joli minois et un sourire éclatant, le tout avec un corps gracile extrêmement désirable.
Dites-moi, Sergent Peyo, avez-vous quelque chose de prévu ce soir ?
Non, vous savez tout est tellement nouveau, on vient d’arriver, avant-hier on était encore en Normandie.
Voilà, avec mon mari Louis Pauwels, qui est journaliste, on a décidé d’organiser une fête pour célébrer votre arrivée chez nous 48 boulevard Exelmans, nous serons quelques amis pour fêter votre victoire comme il se doit ! Je peux compter sur vous ?
Je dois en référer à mes supérieurs !
C’est votre capitaine de Witasse qui m’a indiqué votre char ! c’est vous qui avez allumé le Boche et avant, vous étiez dans les paras américains c’est ça ? Vous allez en avoir des choses à nous raconter !
Oui, oui bon je demande les ordres et j’arrive ! Au fait puis-je amener mon pilote avec moi ? Il était aussi chez les Paras US !
Avec plaisir ! On vous attend !
…
Peyo, ne connaît pas Jean Cocteau, mais réalise que le très bel homme, qu’il avait pris pour un américain, n’est autre que Jean Marais, déjà célèbre pour son rôle au théâtre dans Œdipe Roi et son triomphe au cinéma dans avec « L’Eternel Retour » avec Madeleine Sologne. C’est Jean Cocteau qui a écrit la pièce et le film, mais Peyo ne le sait pas.
Il serre la main des deux Jean, et Jean Marais s’adresse à lui :
Peyo je t’ai écouté tout à l’heure, quel âge avais-tu quand Leclerc est passé à Marrakech ?
Pas tout à fait dix-huit ans, un mois avant mon anniversaire !
Et tu l’as suivi ?
Oui, on est restés huit mois au Maroc pour nous entraîner, puis ça a été l’Angleterre, puis la Normandie et enfin Paris !
Magnifique ! Et moi je n’ai encore rien fait !
Mais tu as fait du théâtre, un film, tu ne pouvais pas tout faire !
Crois-tu qu’il soit trop tard pour rejoindre la 2ème DB ?
Ça non ! La guerre n’est pas finie, il reste tout l’Est de la France, et ce ne sera pas facile, et ensuite toute l’Allemagne, car la guerre ne peut pas s’arrêter sans sa capitulation.
Comment dois-je faire pour vous rejoindre ?
Bertrand et moi devons être demain matin à six heures au Luxembourg, viens avec nous, on te présentera !
Parfait Peyo, demain matin je serai à six heures au Luxembourg !
Jean Cocteau semblait atterré :
Voyons Jean, tu ne peux pas faire ça ! C’est effroyablement périlleux !
Bien sûr que c’est dangereux, tous les jours ils perdent des frères d’armes, raison de plus pour les aider ! Moi je n’ai pas entendu l’appel de Leclerc, ou pas voulu l’entendre, je ne sais pas trop, mais maintenant je l’entends fort et clair : tous les fils de France doivent prendre les armes pour foutre les nazis dehors. J’en suis un, de Cherbourg, et dès demain je prendrai les armes à six heures au Luxembourg !
….
Peyo avec son char « Luxembourg » se tient juste derrière lui, ils viennent de rentrer dans Strasbourg par l’ouest et progressent vers la caserne rue Humann. Ils essuient des tirs sporadiques, rien de très sérieux, mais doivent parfois répondre au canon.
Peyo reçoit Bertrand à l’interphone juste après un tir !
Peyo j’ai l’impression que notre canon s’ouvre en corolle après chaque tir !
Ok préviens « Champs Elysées », arrête toi, je vais aller jeter un œil !
Le char s’arrête, Peyo grimpe dans la tourelle, et l’ouvre vers le haut pour pouvoir sortir
…
Dieter est là sur le toit de la caserne, avec son Fusil Mauser Kar 98K muni de sa lunette, bien calé sur le parapet quand il voit arriver, un peloton de chars. Il ajuste sa lunette et constate qu’ils sont du 501ème RCC. En d’autres temps, il aurait transmis cette information, mais là, il est seul.
Le premier char s’appelle » « Champs Elysées », le deuxième est le « Luxembourg ». Le second a des problèmes avec son canon qui s’ouvre comme une fleur. Son chef de char ouvre la tourelle et tente de sortir, probablement pour aller constater de visu le problème. Dieter tire quasi machinalement. La balle de gros calibre, 8,57, atteint le chef de char à la tête, c’est fini.
Le chef du char de tête, « Champs Elysées » sort alors pour lui porter secours, Dieter retire et le touche à la bouche semble-t-il, et par sécurité il redouble son tir !
Tout s’arrête pour Dieter, dans un vacarme épouvantable, un troisième char l’a repéré, et a tiré au canon sur le toit de la caserne, il n’y a plus de toit…
…
Peyo est à peine sorti qu’il reçoity une balle sous son casque, il tombe vers l’avant et dégringole du char et reste allongé par terre sur la rue.
Sorti lui aussi, Jean Nohain a tout vu et cherche à porter secours à son frère d’armes Peyo, mais reçoit une balle en pleine bouche, il s’écroule en en recevant une deuxième, également dans la bouche !
Le troisième char a vu les tirs du haut de la caserne, la tourelle pivote et allume le toit, c’est fini pour le toit !
…
Le 25 Août, ils défilaient dans Paris, avec De Gaulle et Leclerc, Elina Labourdette et Jean Marais sur leur char, tout allait bien et trois mois plus tard Peyo est là, mort dans sur une rue de Strasbourg…
Il a vu arriver un Aafricain du RMT, Oumar Abdraman Mahamat, qui avait connu Peyo au Maroc ou plutôt sur le bateau qui les emmenait en Angleterre. Celui-ci paraissait bien triste et avait prié pour Peyo, les paumes tournées vers le ciel.
Puis, Jean Marais était arrivé en moto et ils avaient pleuré tous deux l’un dans les bras de l’autre… puis arrive le colonel John Fitzgerald ;
— Bertrand, pour l’amour de Dieu, que s’est-il passé ?
— Il a pris une balle dans la tête, un foutu sniper SS !
Le colonel s’adressa au médecin américain :
— Dites moï Doc, ce type m’a sauvé la vie à Sainte Mère Eglise, il est comme un fils pour moi, que pouvez-vous me dire ?
— Bien le type n’est pas mort, mais sérieusement blessé, il respire, donc il y a de l’espoir ! On a un hôpital gonflable tout neuf ici, on va l’y emmener !
— Traitez le comme s’il était mon fils !
— On le traitera comme s’ »il était le nôtre !

Et si vous poursuiviez l’histoire de Peyo ?
Retrouvez Peyo et les autres personnages d’Officiers Perdus dans Retrouvés, le recueil de nouvelles de Gilles Hustaix.



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