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En passant par la portière

Séquence Frisson

Officiers Perdus T1,T2 et …T3





En passant par la portière Parachutiste souviens-toi, oui souviens-toi Qu'un jour il pourrait se faire Malgré toi, oui, malgré toi, la, la, la

Qu'après une chute libre Tu auras cessé de vivre, la, la, la Entorché dans l'atmosphère Tu tomberas comme une pierre !



« Quand un Para sort de l’avion, il se jette vers la Mort. Puis le parachute l’arrache à la Mort. À chaque fois il réitère sa promesse de risquer tout pour secourir la Patrie ! Y compris jusqu’au sacrifice de sa vie ! C’est cela qui fait des Paras des Soldats Uniques ! Qu’ils soient de Terre, de l’Air ou de Mer ! »

Le Parachute en torche est le cauchemar absolu du parachutiste, parce qu’il conduit souvent à la mort, bien que pas toujours, mais il y d’autres formes d’accident possibles notamment des largages dans une situation trop venteuse !

Pour ma part je n’ai vécu que deux accidents au cours de la centaine de sauts effectués dans le cadre militaire en deux ans et je vais vous les raconter :

  1. Parachute en torche de celui qui me suivait s’enroulant autour du mien ;

  2. Accident de largage à Itxassou.


Parachute en torche de celui qui me suivait s’enroulant autour du mien

Dans un exercice de manœuvres impliquant un assez grand nombre de parachutistes mon radio devait sauter en dernier, et je le précédais. Nous étions largués assez haut 600 m au lieu des 400 habituels

Tout allait bien pour moi, je venais de sauter et m’apprêtais à savourer le saut quand j’eus l’impression d’être pris dans une tornade. Ce n’était pas une tornade mais le parachute de mon radio en torche qui venait de s’enrouler autour du mien réduisant ma voilure au fur et à mesure qu’il s’enroulait ! Une peur panique qu’il finisse par le fermer, le transformant en torche lui aussi, mais non cela s’arrêta avec la voilure de mon parachute réduit, je pense, de moitié ! Et dans cet entremêlement pas question d’ouvrir le ventral ce qui n’aurait fait qu’aggraver les choses.

Nous descendions donc lui et moi à deux sur un demi parachute et évidemment à une vitesse folle, vitesse dont nous avions pleinement conscience car ayant sauté en dernier, nous avons d’abord littéralement traversé verticalement ceux qui avaient sauté juste avant nous ! Puis nous avons aussi pu réaliser notre vitesse par rapport aux largages d’autres avions un peu plus loin et nous continuions à descendre à une grande vitesse, beaucoup trop grande !

Son parachute étant enroulé autour du mien, mon radio se trouvait un peu en dessous de moi, environ deux ou trois mètres et il n’arrêtait pas de hurler. Je ne lui en voulais pas bien sûr, car il y avait de quoi avoir peur, mais cela me dérangeait et le dialogue suivant s’instaura :

  • Arrête de crier bon sang !

  • Je crie parce que j’ai peur, n’avez-vous donc pas peur ?

  • Si, je meurs de peur mais cela ne sert à rien de hurler, moi je prie, crois-moi c’est la seule chose à faire !

  • Prier ! Moi cela fait longtemps que j’ai cessé de croire en Dieu !

  • Eh bien à mon avis, c’est le moment de t’y remettre !

Le sol arrivait à toute vitesse, il fallait soigner son roulé boulé ! On s’en est bien sortis, lui atterrissant en premier, il s’est juste cassé la cheville, et moi tout de suite après je m’en suis sorti indemne ! Un vrai miracle ! Plus de peur que de mal, mais quelle frayeur !





  1. Largage de fou à Itxassou

À Pau, au stage 6621 à l’ETAP (Ecole des Troupes Aéroportées) nous étions une trentaine d’aspirants à effectuer le stage d’officier parachutiste. Un stage extraordinaire dont je garde un très bon souvenir, environ trois semaines où on passe notre temps à sauter en parachute, jusqu’à six fois les meilleurs jours ! Tous types de saut, de jour et de nuit, sur l’eau, en montagne, en forêt !

Toutes les armes de l’armée de terre étaient représentées, nous cavaliers arrivions de Saumur, les fantassins de Coëtquidan, les artilleurs de Draguignan, ceux du génie d’Angers, les transmetteurs de Rennes etc…

Le stage se terminait par les épreuves physiques propres aux parachutistes, épreuves de force et d’endurance se terminant par le 8 kil TAP, 8 kilomètres à faire en moins de 50 minutes, beaucoup plus dur qu’il n’y parait, car effectué avec le casque, le sac à dos, en rangers et avec un fusil dans les bras …Mais nous étions confiants car toutes ces épreuves nous les avions déjà validées, dans nos écoles d’officiers, et il ne s’agissait que de les refaire !

C’était en Février, il faisait beau, la température à Pau oscillait autour de 20°, notre brevet para nous avait été remis en montagne après un saut sur les Pyrénées, on aurait pu se croire en vacances, nombreux auraient payé cher pour cela !

C’est alors qu’on nous annonça que l’après-midi nous allions sauter sur Itxassou, au Pays Basque à une vingtaine de kilomètres de chez moi à Osses. Pour moi, Itxassou évoque deux choses d’abord la confiture de cerises que certains mangent avec notre fromage de brebis, et ensuite le Mondarrain, jolie montagne propice à la randonnée ! Bref les vacances allaient continuer…

Sur le tarmac, les sticks bien alignés à côté du Transall, le temps se gâta. De beau il passa au maussade et le plafond se mit à descendre. Le plafond, qui est la hauteur libre entre le sol et les premiers nuages, est évidemment essentiel pour un largage, et il faut qu’il soit suffisamment haut ! Le vent commença à se lever et lui aussi est un ennemi pour ne pas manquer la DZ (Drop Zone) et surtout pour les chevilles des parachutistes.

Une longue attente commença, les ordres d’embarquer alternant avec les annulations. Nous étions en Février et on ne pouvait pas sauter trop tard, le soleil se couchant de bonne heure !

Vers quatre heures de l’après-midi, ce fut l’embarquement suite à l’annonce météo d’une accalmie, nous assura le capitaine Poulet qui était notre maître de stage. Brillant officier de la Légion Etrangère (2ème REP), devenu général il commanda la FAR (Force d’Action Rapide) quelques années plus tard. Arrivés dans l’avion nous étions tous soulagés car absolument aucun parachutiste ne souhaite attendre sur le tarmac pour finalement ne pas sauter !

Notre bonne humeur changea du tout au tout juste après le décollage tant l’impression d’être tous secoués dans un panier à salade était forte ! L’accalmie n’avait pas duré. Mais pour autant, nous volions sauter car rien n’aurait été pire que l’avion rebroussant chemin.

Le vol entre Pau et Itxassou ne dura qu’un gros quart d’heure, mais un quart d’heure de panier à salade ça fait long, et la lumière rouge s’alluma suivi du « Debout ! Accrochez ! », accompagné de la fameuse sirène « HinHinHin » et il était difficile de rester debout tant l’avion bougeait. Je sautais en second juste derrière le capitaine Poulet, la lumière passa au vert le capitaine sauta et moi immédiatement derrière !

Une sensation de remonter vers l’avion, une grande impression de silence et il était temps de regarder autour de moi. Je vis immédiatement que cela n’allait pas bien : trop de vent, mon parachute était très agité, et les autres trop dispersés loin les uns des autres. Comme on nous avait expliqué, c’était le contraire d’un largage réussi, un vrai largage à problème où la première difficulté serait de retrouver les copains ! Mais cela ne dura pas longtemps ! Au lieu de voir le sol, je voyais une ligne haute tension et j’arrivais droit dessus ! J’essayais en jouant sur les suspentes de l’éviter mais, rien à faire, un fort vent me poussait droit dessus et mon parachute vint se suspendre sur les lignes, et j’eus la peur de ma vie, celle de mourir électrocuté, carbonisé. Mais rien de cela ne se passa. Je réalisai que j’étais en train de faire de la balançoire allant dans un sens puis dans l’autre autour de la ligne haute tension puis tout lâcha et je tombai sur le sol, l’épaule en avant mais c’était beaucoup plus dur, plus rigide que d’habitude, je me relevai et me rendis compte que ce n’était pas un champ mais la cour d’une ferme.

Un chien effrayé s’enfuit en couinant et une femme tout autant apeurée ferma précipitamment une fenêtre alors que le fusil à la main, j’hurlais :

— N’ayez pas peur, Armée française !

Mais j’étais tout seul. Cette femme n’avait visiblement pas été rassurée ! Les choses se précipitaient, un autre parachute arrivait et il allait atterrir en plein sur la route. Débarrassé de mon parachute, je me précipitai à l’entrée de la ferme. Le parachute était tout près mais il arrivait sur une voiture ! Je reconnus alors le capitaine Poulet pourtant parti avant moi ! Il atterrit devant la voiture. La voiture pila et le conducteur sortit précipitamment pour s’enfuir à toutes jambes, en hurlant, dans la direction opposée !






Il est vrai qu’un parachute étant au moins cinq fois plus grand qu’une voiture, même inoffensif, cela peut faire peur !

Par la suite et cela prit du temps, on finit par retrouver tout le monde et personne n’avait atterri dans la DZ ! Mais il n'y avait aucun blessé !

Un des nôtres était resté prisonnier dans un silo à grain, beaucoup au milieu de troupeaux de vaches ou de moutons, les bêtes totalement apeurées. Mais celui qui décrocha la médaille, si l’on peut dire, fut mon ami Serge G, futur Colonel de réserve ce qui n’est pas un mince exploit car il voyait les commandos paras comme une version virile du Club Med dont nous aurions été les Gentils Organisateurs et nos soldats les Gentils Membres ! Lui était tombé dans un arbre gigantesque et à flanc de montagne, et en déroulant son ventral, il n’avait réussi à atteindre le sol qu’après de longs et durs efforts !




Il est probable que tout parachutiste, s’il y est resté suffisamment longtemps, a vécu au moins un incident de ce type. D’une part les accidents de parachute ne sont pas tous mortels, d’autre part il faut penser à ceux d’entre nous qui l’ont vécu en temps de guerre ! A ce propos quand j’ai raconté l’histoire d’Itxassou à mon père, sa réponse a été :

  • Ça me fait penser à Ste Mère l’Eglise, c’était exactement pareil, la DCA allemande en plus !



Officiers Perdus T2 Rebond en Patagonie Chapitre V Ste Mère l’Eglise

C’était son tour : il sauta ! Une sensation de remonter vers l’avion, une grande impression de silence et il était temps de regarder autour de lui. Il vit immédiatement que cela n’allait pas bien : trop de vent, son parachute était très agité, et les autres trop dispersés loin les uns des autres. Comme on le leur avait expliqué, c’était le contraire d’un largage réussi, un vrai largage à problème où la première difficulté serait de retrouver les copains ! Mais cela ne dura pas longtemps ! Au lieu de voir le sol, il voyait une ligne haute tension et il arrivait droit dessus ! Il essaya en jouant sur les suspentes de l’éviter mais, rien à faire, un fort vent le poussait droit dessus et son parachute vint se suspendre sur les lignes, et il eut la peur de sa vie, celle de mourir électrocuté, carbonisé. Mais rien de cela ne se passa. Il réalisa qu’il était en train de faire de la balançoire allant dans un sens puis dans l’autre autour de la ligne haute tension puis tout lâcha et il tomba sur le sol, l’épaule en avant mais c’était beaucoup plus dur, plus rigide que d’habitude, il se releva et se rendit compte qu’il n’était pas dans un champ mais dans la cour d’une ferme.

Un chien effrayé s’enfuit en couinant et une femme tout autant apeurée ferma précipitamment une fenêtre alors que Peyo, le pistolet mitrailleur Thompson au poing, hurlait aux habitants :

— N’ayez pas peur, Armée française, euh, non Armée américaine !

Mais il était tout seul. Cette femme n’avait visiblement pas été rassurée ! Les choses se précipitaient, un autre parachute arrivait et il allait atterrir en plein sur la route. Peyo qui venait de se débarrasser de son parachute, se précipita à l’entrée de la ferme. Le parachute était tout près mais il arrivait sur une voiture ! Il reconnut le colonel Fitzgerald et la voiture n’était autre qu’une Kübelwagen allemande ! Elle était occupée par deux personnes, un officier reconnaissable à sa casquette et son chauffeur. Les deux avaient l’air surpris et effrayés par ce parachute qui tombait sur eux, le chauffeur pila. L’officier cherchait à dégainer son pistolet. Peyo n’avait pas le choix, il rafala avec son pistolet mitrailleur Thompson et les deux Allemands s’affaissèrent, tués nets !

À 19 ans à peine, arrivé sur le sol français Peyo venait de vivre son baptême du feu et avait tué deux Allemands ! Un peu perturbé quand même, il ne savait que faire quand il entendit alors une voix qu’il connaissait bien maintenant !

— Well done, Peyo, well done, nice shot ! Thanks so much, son ! Lafayette nous voilà ! Peyo nous voilà !

….

Peyo au volant fit démarrer la voiture allemande et ils commencèrent à chercher le radio, roulant tout doucement en prenant le premier carrefour ils le trouvèrent enchevêtré dans un grand système de grillage probablement destiné à stocker du foin, totalement prisonnier. Il avait donc été incapable rassuré et aida Peyo, ils eurent à cisailler le grillage pour enfin libérer le malheureux !

….


— Let’s go to the Drop Zone, folks !

Le radio suggéra de placer un fanion américain à l’avant de la voiture, pour éviter que leurs copains leur tirent dessus, et ils se dirigèrent vers la DZ initiale. En chemin, ils tombèrent sur un parachute accroché à un grand peuplier et s’arrêtèrent donc. Il y avait bien un para accroché au peuplier.

Peyo sorti le premier et cria :

— Are you alive? Are you wounded?

— Oui Peyo ! C’est moi Bertrand et je ne suis pas blessé, mais je ne sais pas comment descendre !

Cas non conforme qu’ils n’avaient pas eu le temps de réviser, mais les deux américains avaient la solution !

— Bon Bertrand, déclenche ton ventral et fais-le tomber vers nous !

Bertrand s’exécuta et le ventral déployé arrivait à deux-trois mètres du sol.

— Bon maintenant il faut que tu enlèves ton harnais et que tu te laisses glisser sur le ventral tout du long ensuite tu pourras tomber il y a à peine deux mètres !

Ce n’était pas un exercice facile et il y arriva, descendant lentement le long du ventral, rendu très maladroit à cause du sac et de son arme qu’il n’aurait pas pu abandonner, bien sûr ! Il finit par tomber lourdement sur le sol mais se releva et râla !

— À peine deux mètres, hein ? Il y en avait trois ou quatre !

— Tu es un para ou pas ?


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Retrouvez la saga officiers Perdus, ici :








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